Monsieur Plant : l’art au service de la nature

Des sneakers envahies par les plantes, un homme en fleurs, un skateboard en écorce d’arbre, les œuvres végétalisées de Christophe Guinet – allias Monsieur Plant – ne laissent pas indifférent. Chacun de ses projets est un véritable appel de la Nature pour nous signaler qu’elle finira par reprendre ses droits.

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Version originale de mon article pour le site américain Garden Collage  

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Adolescent, Christophe faisait collection d’orchidées et de paires de baskets qu’il usait sur les meilleurs spots de skate parisiens. Aujourd’hui installé à Marseille, il combine ses deux passions antagonistes, la nature et la culture urbaine, pour en faire de l’art. Avec son projet emblématique intitulé « Just Grow It » – slogan détourné d’une célèbre marque de sneakers – il a marqué les esprits. Depuis, il collabore avec des marques qui surfent sur la tendance verte et multiplie les projets personnels. Sous la mousse, derrière l’écorce, entre les tiges de ses créations insolites, on peut entrevoir la dénonciation de notre société de consommation.

Comment joues-tu de l’opposition entre la nature et la surconsommation?

Christophe Guinet : en tant que graphiste autodidacte, j’ai travaillé sur beaucoup de projets corporate à Paris mais, au fond de moi, la nature me manquait. Je suis donc allé m’installer à Marseille où j’ai cherché à jouer avec cette opposition et avec le symbole du capitalisme. Le message de Monsieur Plant, c’est que la nature triomphera toujours sur l’homme. J’utilise ce qui est à la mode, ce phénomène qui fait de nous des moutons, en y superposant des éléments naturels. plant_you_mac_macbonzai_monsieur_plant_2016_1_ok_carreJe fais une piqûre rappel pour dire : « pensez-y  » ! C’est pour cette raison que je détourne des marques comme Nike, ou en ce moment Apple, qui font des objets que j’utilise dans ma vie quotidienne.

Quelle est ta démarche avec ce nouveau projet ?

CG : J’ai récupéré toute une série d’anciens Mac et je les transforme pour les utiliser comme des pots. Le message sous-jacent c’est : « déconnecte ».

Ce genre de recyclage est-il aussi porteur d’un message écologique ?

CG : J’aimerais faire prendre conscience aux gens que la nature existe car on a tendance à beaucoup l’oublier en ville. On est manipulés par ces phénomènes de mode qui créent des besoins inutiles, on est poussés à consommer en permanence et au final, plus on consomme plus on détruit.

Avoir choisi de vivre à Marseille, ville de contrastes, n’est pas un choix anodin…

CG: Marseille est pour moi la ville de France qui, par rapport à son ampleur, représente vraiment l’opposition ville/nature. Dès qu’on sort du centre et qu’on va en périphérie, on ne se croit plus en ville. On se croit sur une île ou dans un autre pays. Il y a mer, les calanques et d’énormes parcs. J’ai d’ailleurs débuté mon projet dans un grand parc derrière chez moi. C’est là que je m’inspire, en fonction des saisons.

Le caractère éphémère de tes créations a-t-il une signification particulière pour toi?

CG : Oui, tout finit par disparaître de toute façon donc pour moi, ça fait partie du cycle de la vie.

C’est la photo qui immortalise ce que je fais. J’utilise d’ailleurs des matières plus ou moins durables. Pour les commandes, je travaille souvent avec des végétaux stabilisés. C’est un processus chimique qui enlève la sève et la remplace par une glycérine qui préserve la couleur et conserve l’aspect naturel de la plante.

broken_wall_seize_monsieur_plant_3Il y a un gros engouement pour le green actuellement. Comment te positionnes-tu par rapport à cette tendance, as-tu des influences ?

CG: C’est la nature qui m’influence. Avant tout, je fais ce qu’il y a dans ma tête et dans mon coeur. Je ne fais pas tellement attention aux tendances car ça risquerait de m’entrainer dans la mauvaise direction. Si je peux transmettre un message, tant mieux, mais je n’ai pas de conduite précise, j’essaie juste de donner du positif. En revanche, j’aime découvrir d’autres artistes comme par exemple Duy Anh Nhan Duc, un plasticien végétal qui fait un travail très fin.

Quelle est l’œuvre dont tu es le plus fier aujourd’hui ?

little_flower_plant_monsieur_plant_amazingCG : Dans mon milieu on est éternellement insatisfaits ! Je suis souvent plus content de l’idée que de l’objet. C’est vrai qu’il y a eu un gros engouement pour mon premier projet autour des sneakers et aussi pour les skates végétalisés… Ensuite j’ai bien aimé travailler sur les humains, avec des plaquages de végétaux sur les corps. J’ai réalisé mes premiers projets de ce genre avec ma petite nièce. J’avais recouvert ses bras de fleurs et je l’avais photographiée.

Quel est le procédé technique pour que les fleurs tiennent sur la peau?

CG: Je fabrique de la colle à base de farine et de sucre dans une casserole. Comme j’ai fait pas mal de shootings avec des enfants au départ, je m’étais renseigné sur des procédés qui ne soient pas toxiques ou dangereux.

Et quand tu dois coller des fleurs sur des objets, comme les sneakers par exemple?

CG : J’utilise une colle sans solvant, assez douce, pour ne pas que les fleurs meurent trop vite. Un projet de shooting dure une journée, il faut aller très vite pour ne pas que les plantes soient fanées, c’est un challenge.

greenproject_metamorphosis_feat_photospectral_monsieur-plant_2Il t’arrive de faire des collaborations artistiques comme sur le projet « Metamorphosis » par exemple. Peux-tu m’en parler ?

CG : J’ai travaillé avec Florian Gallène, un photographe qui est fan de super-héros. C’était au moment de la polémique sur Monsanto. Je me suis couvert de fleurs et je me suis transformé en super-héros, inquiet de la situation, qui allait prendre les choses en main pour sauver la planète. Certaines photos sont d’ailleurs assez inquiétantes. Je vais refaire un projet de ce genre parce que cet été à Marseille, il y a eu de gros incendies qui ont détruit plusieurs hectares. Ça créé un univers un peu fantastique et j’imagine quelque chose d’assez impressionnant autour de l’idée de revégétalisation.

Est-ce que ton projet actuel fera l’objet d’un évènement ?

CG : J’aimerais bien faire une expo avec les Mac en novembre. Il y en aura dix et j’imagine un univers aseptisé avec des lampes horticoles. Je suis en train d’en créer un avec des plantes sensitives, c’est toute une dalle d’écran qui se met en mouvement quand tu passes la main dessus.

Dernière question toute simple : quelle est ta plante ou ta fleur préférée ?

CG: J’aime beaucoup les orchidées car c’est une plante difficile à entretenir. De façon générale, j’aime bien la rareté et la difficulté, et je trouve cette fleur tout simplement incroyable. J’aime aussi les plantes sensitives qui me font toujours halluciner !

Blanche Cabanel pour Garden Collage  – Photos Monsieur Plant

 

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